Question du jour : que voudriez-vous dire que vous n’arrivez pas à exprimer ?

Vous est-il déjà arrivé de vous taire, alors que vous auriez tant souhaité réagir à une situation ? Vous voudriez contester quelque chose, vous voudriez exprimer votre ressenti, vos besoins, votre opinion divergente, mais pour diverses raisons (d’ailleurs plus ou moins conscientes), vous êtes paralysé, vous vous taisez, ou pire, vous dites « oui » alors que tout en vous crie « non » ?

En d’autres termes : 

QUE VOUDRIEZ-VOUS DIRE QUE VOUS N’ARRIVEZ PAS À EXPRIMER?

Voilà la question que je vous propose d’explorer cette semaine.

Si vous avez pu identifier une situation dans laquelle il y a effectivement quelque chose que vous voudriez ou auriez voulu dire, sans toutefois pouvoir l’exprimer, c’est que vous manquez sans doute d’assertivité, c’est-à-dire de la capacité de vous affirmer, du moins dans le contexte en question. Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul dans ce cas. 

Selon Christophe André (dans « je guéris mes complexes et mes déprimes »), « l’affirmation de soi est la capacité de dire ce que l’on pense, ce que l’on veut, ce que l’on éprouve, sans anxiété excessive et en tenant compte de ce que l’interlocuteur pense, veut ou ressent ».

Cela semble simple et évident, mais la réalité est hélas bien plus complexe. Le déficit d’assertivité est quelque chose de très répandu, et cela, pour diverses raisons : 

  • Le premier frein à l’assertivité est un besoin viscéral d’appartenance

Dans la pyramide des besoins fondamentaux de l’être humain, la fameuse pyramide de Maslow, le besoin d’appartenance vient tout de suite après les besoins physiologiques (manger, boire, dormir…) et le besoin de sécurité. La peur – plus ou moins consciente – d’être rejeté, exclu du groupe, de ne plus être aimé, peut effectivement paralyser et réduire au silence. 

Qu’en est-il de votre situation ? Ne serait-ce pas pour conserver l’estime d’une personne ou d’un groupe, que vous n’avez pas réussi à refuser cette demande qui pourtant ne vous enchantait guère ? Ne serait-ce pas pour éviter de fâcher, peiner, décevoir quelqu’un, que vous avez tu vos opinions, vos sentiments ou vos besoins, persuadé que si vous les exprimiez, vous risqueriez de mettre en péril votre position dans le groupe ou dans la relation ?

  • Un autre frein à l’assertivité, et non le moindre, vient du poids de l’éducation et de tous les codes de comportement inculqués depuis l’enfance

On vous a tant appris à « être sage », à faire ce que l’on vous dit, qu’il peut y avoir de véritables blocages émotionnels à s’affirmer. Ce poids socio-culturel laisse peut de place à l’affirmation de soi, et fait bien trop souvent rimer “reconnaissance” avec “obéissance” ! Je n’ai pas besoin d’en dire davantage, j’imagine, vous voyez certainement à quoi je fais référence.

LA BONNE NOUVELLE, C’EST QUE TOUT CECI N’EST PAS UNE FATALITÉ ! VOYONS COMMENT SORTIR DU PIÈGE.

  • De manière générale, il vous faut tout d’abord accepter que CELA PEUT CHANGER ! Oui, vous pouvez prendre et garder votre place dans le groupe, tout en faisant entendre votre voix ; non, cette nouvelle attitude ne va pas vous conduire au désastre, ni à l’exclusion du groupe. Il est même probable qu’au contraire, vous obteniez plus de respect et d’écoute de la part de votre entourage. Le fait d’exprimer vos positions, sans agressivité et en respectant les opinions et sentiments d’autrui, vous permettra d’avoir des rapports bien plus authentiques et enrichissants avec ceux que vous côtoyez, que ce soit dans la vie professionnelle ou dans la sphère privée.
  • Vous devez aussi accepter que CELA DOIT CHANGER ! Exprimer librement ses besoins, ses opinions, ses sentiments est avant tout un acte de respect fondamental envers soi-même. L’impact que cela peut avoir est énorme puisque l’affirmation de soi nourrit l’estime de soi et la confiance en soi. Imaginez à quel point cela peut changer vos perspectives et vos résultats !

L’important est de vous exprimer dans le respect de votre interlocuteur. En fait, il s’agit de trouver un juste-milieu entre inhibition et agressivité, entre se taire et combattre. Vous pourrez vous affirmer sereinement, en exprimant clairement vos besoins et opinions, en cherchant la solution des différends par la discussion et la négociation. 

Une chose importante encore : pour pouvoir vous affirmer, n’attendez pas que les autres vous y invitent : cela n’arrivera pas ! Lancez-vous, prenez l’initiative chaque fois que possible.

Comment faire en pratique ?

Il existe des ouvrages entiers qui traitent de la communication et de l’art de convaincre et de s’affirmer. Je n’ai pas la prétention d’en tirer toute la substance dans ce bref article. Si vous voulez approfondir le sujet et vous armer au mieux pour affronter les situations dans lesquelles vous souhaitez vous affirmer davantage, je vous recommande chaleureusement la lecture de ce qui est pour moi la bible en la matière : Conversations Cruciales de Paterson, Grenny, Mc Millan et Switzler.

Pour ma part, je vais me contenter de vous livrer ce que je considère comme les 4 étapes incontournables pour pouvoir sereinement s’affirmer, à savoir vous préparer, vous exprimer, écouter les réactions, et conclure.

Maintenant, ne vous contentez pas de lire cet article en vous disant « oui, ce serait bien » pour ensuite passer à autre chose. Rappelez-vous, pour que ça change, vous devez agir ! Alors faites un premier pas, là, tout de suite !

Choisissez une situation précise, quelque chose que vous voudriez dire, mais n’avez pas encore osé exprimer. Puis notez sur une feuille de papier tout ce que vous auriez envie de dire ; rédigez-le de manière détaillée, comme s’il s’agissait d’un discours que vous allez lire à un auditoire.

N’ayez pas peur de la feuille blanche. Jetez sur le papier tout ce qui vous vient à l’esprit (vous ferez le tri plus tard). Voici une petite « check-list » pour vous aider :

  • Quels sont les faits qui constitue la situation que vous avez choisie ? Par exemple : « On m’a demandé de faire….. et je n’ai pas osé dire non » ou bien « C’est toujours moi qui fait la vaisselle et je voudrais que cette tâche soit partagée »…
  • Qui est en face de vous dans cette situation et que représente cette personne ou ce groupe de personnes ? Exprimez l’importance que cette personne ou ce groupe revêt à vos yeux.
  • Pourquoi la situation actuelle ne vous convient-elle pas ?
  • Quelle est la position des autres à ce sujet ? Qu’avez-vous à y répondre ?
  • Quelle serait la situation idéale selon vous ? Décrivez-là en détail.
  • Si l’idéal ne devait pas être atteint, quel changement serait pour vous le minimum acceptable ? Et n’oubliez-pas que vous n’avez pas le pouvoir changer quelqu’un d’autre malgré lui. Par conséquent, il ne s’agit pas de noter ici : « Il faut qu’IL ou ELLE fasse au moins ceci ou cela » ! Par contre, vous pouvez vous changer vous-même et décider : «  JE vais au moins faire ou ne plus faire ceci ou cela ».

Vous êtes seul en face de votre feuille de papier. Personne n’est supposé vous lire : vous pouvez vous exprimer de façon totalement libre. 

Vous avez terminé ? Est-ce que cela n’est pas déjà libératoire en soi, que d’avoir tout exprimé clairement ? La bonne nouvelle ? Vous avez rempli la première étape : vous vous êtes préparé ! Vous pouvez désormais affronter les 3 autres : 

  1. Décrivez la situation telle que vous la voyez aux personnes concernées et dites leur clairement que vous souhaitez la revoir avec elles. Présentez-leur ce que vous proposez (votre situation idéale) et sollicitez leur avis.
  2. Écoutez les réactions. N’oubliez pas que la liberté que vous vous êtes donné d’exprimer ce que vous pensez vraiment, donne aux autres la liberté d’en faire de même. Par conséquent, écoutez ce qu’ils ont à dire, avec un esprit ouvert et constructif. Si vous parvenez à instaurer un climat de respect mutuel et de bienveillance constructive, le résultat ne pourra qu’être bon pour les deux parties.
  3. Et enfin concluez. Peut-être êtes-vous parvenus à un compromis : dans ce cas, reformulez-le avec précision, afin que chacun puisse repartir avec une vision claire de la nouvelle situation. Vous n’êtes pas arrivé à un compromis, alors rappelez-vous ce que vous avez noté comme changement minimal nécessaire et …. affirmez-vous !

À vous de jouer maintenant. Qu’allez-vous faire pour vous affirmer davantage ? En tout cas, cessez de dire « oui » quand vous pensez « non » : vous n’imaginez pas à quel point cela va vous changer la vie !